

Le Vanuatu (et en particulier l’île de Tanna) a été le point de départ du culte du cargo. Les habitants de l’île de Tanna ont été presbytériens jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Un peu avant la guerre, un mouvement pour rétablir la coutume (Kastom) et les valeurs traditionnelles est apparu dans le sud de l’île. Il s’est même développé la croyance que les Blancs étaient incapables de fabriquer toutes les merveilles qu’ils voyaient ; il devait y avoir un dieu pourvoyeur de richesses que les hommes à peau blanche avaient su se concilier. Mais c’est l’arrivée des Américains qui déclencha le phénomène dit du "culte du cargo". En 1942, un millier d’hommes de Tanna ont été envoyés à Efate (île de Vaté) pour travailler à la base américaine. Ils ont été impressionnés par les grandes quantités de matériel et d’approvisionnement divers mais aussi par le fait qu’il y avait des soldats à la peau noire. Et cela a donné une nouvelle signification à leur mouvement religieux renaissant. Le mythe d’une sorte de héros qui traverserait la mer pour apporter aux hommes à peau noire, des richesses à profusion a été crée : John from America pour certains et pour d’autres tout simplement Jon Frum, qui représentait une sorte de nouveau Messie, une réincarnation de Dieu pour les îles du Pacifique (comme Jésus est une réincarnation de Dieu pour les Chrétiens). Comme signe de reconnaissance, les membres de cette nouvelle religion arboraient toujours la croix, non plus celle des missionnaires mais la croix rouge qu’ils avaient vue sur les ambulances militaires à Efate. D’ailleurs, aujourd’hui encore, on trouve dans de nombreux villages de petites croix rouges entourées de barrières en bois.
Les prêtres et les prophètes de ce culte étaient appelés " messagers " et ils prophétisaient le retour d’avions et de navires chargés de milliers de biens qui arriveraient en même temps que Jon Frum. Ils ont construit des pistes d’atterrissage et même des tours en bois, imitations des tours radio américaines, pour que Jon Frum puisse s’adresser à son peuple. Les partisans de ce mouvement ont même déclaré que l’on pouvait se débarrasser de son argent, tuer ses cochons, laisser son jardin en friche, car Jon Frum allait venir et les inonder de richesses. Ne le voyant pas revenir, les adeptes de ce culte en sont arrivés à rendre responsables les missionnaires et le gouvernement et il y a eu des troubles. Malgré l’arrestation et le jugement à Port Vila des dirigeants, le mouvement a continué à faire de nouveaux adeptes. Le culte du cargo a eu son apogée dans les années 50 quand en 1957, un drapeau américain a été hissé en haut d’un mat à Sulphur Bay (île de Tanna) et la nouvelle religion officiellement annoncée au monde entier avec chants et danses dont certaines étaient des imitations des parades de l’armée américaine. Ce culte qui rejetait l’influence du colonisateur et voulait revenir à la coutume mais avec les richesses occidentales a été une des composantes de la lutte pour l’indépendance. Comme l’expliquait un ancien ministre de la santé du Vanuatu : " Jon Frum a été le premier héros du mouvement pour l’indépendance. Ses partisans ont été les premiers à s’élever contre la loi coloniale. Le message de John Frum était que nous devions retourner à la coutume pour garder notre identité. "
John Frum (ou Jon Frum) est le prophète du Culte du cargo à Vanuatu. Sur l’île de Tanna, un dieu du nom de "kerapenmun", associé à une montagne, le Mont Tukosmeru, est vénéré. Un indigène du nom de Mancheri, sous le pseudonyme de John Frum, se fit passer pour ce dieu et fut à l’origine d’un culte en apparaissant à certaines personnes et en promettant "maisons, vêtements, nourriture et transport." Ce culte est toujours actif aujourd’hui. A Sulphur bay sur l’île de Tanna vit une communauté de 300 personnes pratiquant le culte de John Frum, elle vit selon les principes établis par le culte, ainsi aucun argent ne circule, chaque personne travaille pour la communauté et a des tâches particulières à effectuer, ses tâches doivent être effectuées sans attendre quelque chose en retour comme le recommande le culte de John Frum. Chaque vendredi soir, les habitants du village et des alentours se réunissent pour chanter la gloire de John Frum à la manière d’une messe. Ses adeptes croient que John Frum sera de retour un 15 février, ce dernier étant arrivé dans un grand bateau, ces adeptes affichent dans leurs maisons des photos de bateaux et de yachts. On nomme cette date le "jour de John Frum" à Vanuatu. Les lieux de culte de John Frum sont matérialisés par des grandes croix peintes en rouges entourées d’une clôture de bois. Le culte de John Frum a été interdit par les missionnaires jusqu’à l’indépendance du Vanuatu en 1980.
Ce nom de "John Frum" a comme possible origine les paroles de GIs lors de la Seconde Guerre mondiale, qui se seraient présentés aux indigènes comme "John from America" (John d’Amérique). Pour les man tanna "John" désigne communément et commodément l’homme blanc.
Le mouvement de Jon Frum possède aussi son propre parti politique, dirigé par Song Keaspai. »
Voilà, ce culte, habile mélange de religions, superstitions et politiques, bat en brèche mes idées de séparation des pouvoirs (!).[1] http://www.cosmovisions.com/$Cargo.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Frum